Les défis de l’éducation à l’engagement

Comment amener les jeunes à s’engager ? Le 19 mars dernier, la Fondation Don Bosco et la Fondation du Bocage ont organisé une conférence sur ce thème à l’Institut catholique de Paris en croisant les regards de deux éducateurs eux-mêmes engagés.

Il y avait du monde le 19 mars dernier dans le grand amphithéâtre de l’ICP, à Paris, pour la conférence annuelle de la Fondation Don Bosco et de la Fondation du Bocage sur le thème « Éducation et engagement ».

Isabelle de Gaulmyn, présidente des Semaines sociales et ancienne rédactrice en chef à La Croix, a donné la parole à Vicky Ann Cremona, professeur d’histoire du théâtre à l’université de Malte et présidente de Repubblika, une ONG oeuvrant pour la défense de l’État de droit, de la démocratie et de la responsabilité civique, ainsi qu’à Xavier de Verchère, salésien et aumônier général des Scouts et Guides de France, qui a notamment porté en 2018 le projet « Bâtir la paix en Centrafrique » pour soutenir le processus de réconciliation par le scoutisme dans le pays.

Tous deux ont témoigné de la sensibilité des jeunes qu’ils côtoient à ce qui se passe dans le monde (paix et écologie, notamment) et de leur besoin de s’exprimer sur ces sujets. Mais ils ont aussi fait le portrait d’une jeunesse « en quête de repères, tiraillée entre idéal et fascination pour la réussite matérielle et la célébrité » vantée sur les réseaux sociaux. « Comment faire pour qu’ils ne soient pas récupérés par le paraître ? » s’est régulièrement interrogée Vicky Ann Cremona.

 

Trouver son idéal

Peut-être faut-il commencer par encourager les jeunes à se poser la question de leur idéal (qu’est-ce qui mérite que je m’engage ?), point de départ de tout engagement, selon Xavier de Verchère. « Nos lieux éducatifs, nos mouvements, nos universités, notre Église doivent être des lieux où l’on peut porter un idéal », a-t-il souligné. Il a également insisté sur la force de l’expérience concrète, car l’engagement doit avant tout se vivre. Le mouvement scout est intéressant à ce titre : basé précisément sur une pédagogie de l’engagement (la fameuse promesse prononcée à l’entrée, faite devant les autres et déclinée sur la durée en actes concrets), elle développe chez les jeunes le sens de la fraternité et des principes de vie démocratique.

Pour autant, le mouvement a dû réactualiser ses attentes. « On voit que l’engagement un week-end sur deux pour des réunions est difficile à tenir aujourd’hui, a remarqué l’aumônier général. On a donc développé les week-ends campés, davantage appréciés » et qui mobilisent davantage.

Xavier de Verchère a aussi lancé en 2024 le mouvement national "Clameurs !" qui propose aux jeunes de porter un engagement durant deux ans auprès des pauvres ou pour l’écologie. En partenariat avec la Fédération des conservatoires d’espaces naturels et l’association Entourage, ils se sont sensibilisés, ont participé à des chantiers nature et des maraudes et « rencontré des gens en chair et en os qui agissent, ce qui rend concret leur engagement », a-t-il affirmé. Cette dernière année de "Clameurs !" est d’ailleurs consacrée à ancrer les expériences vécues dans des actions collectives et des partenariats pour œuvrer demain au sein de la société.

 

« Il faut d’abord partir de soi »

Enfin, pour les deux intervenants, pour transmettre le sens de l’engagement, il faut des éducateurs eux-mêmes engagés et que cela se sente par leur comportement en classe, les mots qu’ils utilisent, les valeurs sur lesquelles ils insistent. « Il faut d’abord partir de soi », a pointé Xavier de Verchère.

Cela demande aussi, selon Vicky Ann Cremona, une « observation fine » de ses étudiants et une capacité à faire résonner les enjeux actuels avec leurs questionnements. Par exemple, l’attaque récente sur l’Iran l’a poussée à proposer à ses étudiants une étude sur le théâtre religieux iranien, qui a permis d’expliquer les différences entre chiites et sunnites, et par ricochet de parler de la guerre et des raisons qui ont conduit à celle-ci…

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