Agnès Lassalle : « Elle adorait son métier »
Le 22 février 2023, le coup mortel porté par un élève à Agnès Lassalle, enseignante d’espagnol dans un paisible lycée privé de Saint-Jean-de-Luz (64), a bouleversé la France entière et tout particulièrement l’enseignement catholique.
À la fois discrète et dynamique, artiste et grande voyageuse, cette femme délicate était profondément engagée dans son métier. Voici le portrait posthume que Mireille Broussous, avait dressé d’elle à l’époque pour ECmag Avec l’aide de son compagnon Stéphane Voirin.
Les hommages à Agnès Lassalle, enseignante d’espagnol au lycée Saint-Thomas-d’Aquin à Saint-Jean-de-Luz (64), poignardée à mort à l'âge de 53 ans par l’un de ses élèves le 22 février 2023, durant un cours, se sont multipliés dans les jours qui ont suivi le drame. On se souvient des images bouleversantes de son compagnon, Stéphane Voirin, ancien pilote dans l’armée de l’air, dansant devant son cercueil.
L’équipe du lycée, une centaine d'adultes, encore sous le choc, ont interprété à la fin de la cérémonie funèbre un chant basque à trois voix. Et le lendemain, les lycéens, vêtus de noir, ont participé à un temps de recueillement dans le gymnase de l’établissement. «Une fois la minute de silence terminée, un peu hagards, ils ne voulaient plus partir…», se rappelle Xavier Inchauspe, le chef d’établissement. Beaucoup d’anciens élèves d’Agnès Lassalle, qui travaillait depuis vingt-trois ans dans l’établissement, sont venus témoigner au lycée. «Ils se souviennent d’une professeure juste et bienveillante, qui savait imposer des règles mais qui cherchait surtout à tenir en haleine sa classe», détaille Stéphane Voirin, qui s’est entretenu avec eux.
Cette femme menue et dynamique «était rigoureuse tout en accordant à chaque élève une grande attention», souligne Xavier Inchauspe. Ceux-ci lui exprimaient en retour leur attachement avec élégance en portant dans les escaliers son énorme sac à roulettes…
Très engagée dans son métier, elle jouait le rôle de coordinatrice pour l’espagnol, discipline phare dans cette région frontalière. Elle emmenait aussi ses élèves à Salamanque, mettait en place des projets « théâtre » autour de García Lorca avec une troupe locale, embarquait ses lycéens chaque fin du mois de septembre au Festival Biarritz Amérique latine…
Une artiste dans l'âme
Agnès Lasalle partageait aussi avec ses élèves son goût des arts plastiques, discipline qu’elle avait étudiée à Madrid après le bac, puis à Bordeaux avant de passer le concours d’enseignante. Jeune, elle souhaitait être photographe. Une vraie passion à laquelle elle s’adonnait lors des voyages qu’elle effectuait avec son compagnon en Amérique du Sud, en Birmanie, dans les îles du Pacifique… Elle peignait aussi et ses nombreux amis n’hésitaient pas à lui passer commande d’une de ses toiles abstraites
et colorées. « C’était une artiste dans l’âme. Ses connaissances en peinture, sculpture, architecture et cinéma étaient immenses », affirrme Stéphane Voirin. Ensemble, ils pratiquaient la danse de l’autre côté de la frontière, à Saint- Sébastien. « Nous dansions le Lindy Hop, une sorte de rock and roll en plus sensuel. Cela permettait à Agnès de se déconnecter de son travail », explique son compagnon. Une déconnexion pas si simple… Lorsqu’elle voyageait, elle prenait des photos en pensant à ses élèves et à la façon dont elle pourrait enrichir ses cours. «Elle adorait son métier et elle y consacrait énormément de temps. Les réunions, les tâches administratives, l’adaptation aux réformes… C’était sans fin. Agnès était une femme exceptionnelle mais, dans l’enseignement, il y a des centaines d’Agnès qui font tourner le système avec un enthousiasme extraordinaire bien qu’il ne leur en soit pas très reconnaissant…», insiste Stéphane Voirin.
Fatiguée par ce rythme, elle avait parlé lors de leurs dernières vacances d’un éventuel temps partiel, histoire de décrocher un peu mais pas trop tout de même… Au lycée Saint-Thomas-d'Aquin, les enseignants se sont remis au travail sans jamais oublier Agnès Lassalle. «Nous cherchons une façon de lui rendre un hommage plus apaisé, confie Xavier Inchauspe. Peut-être en invitant professeurs et élèves à écrire des textes ou des poèmes à son intention…»