Paris/Cisjordanie : expo photo croisée

Que disent les photographies scolaires des jeunes, de leurs enseignants et de l’époque à laquelle elles ont été prises ? C’est à ces questions qu’ont répondu, avec justesse, les lycéens de quatre établissements, deux situés en Cisjordanie, deux à Paris.

© Réseau Barnabé

Préserver le lien avec les équipes pédagogiques des écoles chrétiennes de Gaza et de Cisjordanie, par-delà les bombardements et les attaques de civils, telle est la philosophie en acte du Réseau Barnabé, animé par Alice de Rambuteau, chargée des relations publiques à la DDEC de Paris. C’est grâce à cette constance que le projet proposé par l’association Le Nadir (Association pour la francophonie et la culture) autour de la photographie de groupe a vu le jour. Lancé en 2024, avec le soutien du Réseau Barnabé, il s’est conclu par l’exposition Re-présentations. Photos de classe anciennes et contemporaines. Jérusalem – Paris – Aïn Arik, à la DDEC de Paris (du 24 mars au 3 avril 2026). L’exposition sera installée, en octobre, à l’Institut français de Jérusalem.

Uniformes sombres
et visages fermés

Quatre établissements ont participé au projet : deux de Cisjordanie, l’Ecole latine de Aïn Arik et l’Ecole des sœurs du Rosaire de Jérusalem et deux lycées parisiens, La Tour et Saint-Thomas d’Aquin. Les élèves sont allés fouiller les archives photographiques de leurs établissements ou, côté Terre Sainte, de la photothèque de l’École biblique et archéologique française de Jérusalem. Une fois leur sélection faite, ils ont dû écrire un commentaire pour chacune d’entre elles. « Nous avons regardé au moins 500 photos de classe et sélectionné celles qui nous ont le plus choqués », explique Louis, aujourd’hui en première à La Tour. Ce qui les a choqués, c’est, par exemple, cette photo de jeunes filles, de 1907, sagement réparties autour d’un parterre de fleurs, uniformes sombres et visages fermés. Les photos du lycée Saint-Thomas d’Aquin prises en 1927 et 1937 ne respirent pas non plus la joie de vivre. « Les visages froids et la posture droite montrent que les élèves se donnent un air sérieux dans le but de faire bonne figure », commentent les élèves actuels de Thomas d’Aquin. Quand les lycéens se prennent aujourd’hui en photo, ils apparaissent fiers d’eux-mêmes, détendus et tout sourire. Et dans tous leurs textes, ils expriment leur satisfaction de ne plus être dans ces écoles strictes qui rendent les élèves craintifs.

Esprit fraternel

Les photos historiques des écoles chrétiennes de Terre Sainte et les commentaires des jeunes d’aujourd’hui sont très différents. L’une d’elles, prise en 1949, montre des garçons de l’Ecole latine de Aïn Arik assis par terre, bien serrés pour tenir dans le cadre. Ils sourient au photographe et ont l’air contents.

Les textes des lycéens rendent compte, avec beaucoup de pertinence, de cet esprit fraternel. « Je peux sentir à quel point les garçons sont proches les uns des autres. Ils vivent dans le même village et étudient ensemble », écrit Sameer. « Je vais donner un titre pour cette photo : l’amitié », légende Obadah. Beaucoup d’élèves de Cisjordanie aimeraient que leurs années d’étude s’inscrivent dans cet esprit de camaraderie, dans ce bonheur d’apprendre ensemble, dans cette transmission intergénérationnelle tranquille…

Et l’actualité dans tout ça ? « Nous devions échanger avec l’établissement de Ramallah mais tout a été annulé car les réseaux de communication ne fonctionnaient pas très bien », indique Louis du lycée La Tour. Les enseignants ne se sont pas non plus étendus sur le conflit israélo-palestinien. Les projets ont donc été conduits en parallèle mais Sylvie Jopeck, présidente de l’association Le Nadir, également prof de lettres, et Catherine Thuillier, plasticienne qui les ont accompagnés ont su créer des ponts entre les établissements produisant in fine une exposition émouvante.

Au fil d’un voyage de Tel-Aviv à Jérusalem, en passant par Bethléem, Ramallah, Naplouse et Jaffa, 42 textes brefs structurent cet ouvrage qui veut témoigner de ce qui se vit au-delà du conflit et de la guerre, dans une terre habitée et vivante.

Écrit à quatre mains, par une enseignante et une ancienne adjointe en pastorale de l'Enseignement catholique, il relate des rencontres, avec des hommes et des femmes de tous âges, des artistes et des historiens, des élèves et des professeurs qui ont partagé avec les autrices leur amour, contagieux, de leur terre.

Carnets de Palestine
Sylvie Jopeck et Catherine Thuillier, éditions
Le Condottière, 212 p., 16 €.

>