L’éducation intégrale en débat
Les Assises de l’éducation intégrale ont réuni le 19 mars dernier au Collège des Bernardins une centaine de participants, issus des réseaux de l’enseignement catholique hors et sous contrat, à l’invitation du centre de formation Alte Académia.

C’est en saluant cette « occasion de dialogue entre passionnés d’éducation catholique » que François-Xavier Clément, président du centre de formation Alte Académia a ouvert Les Assises de l’éducation intégrale que cette structure a organisées, le 19 mars dernier, au collège des Bernardins. Cet ancien directeur diocésain, puis directeur d’un établissement hors contrat, a accueilli la centaine de participants en énumérant les points de convergence entre deux réseaux de l’enseignement catholique hors contrat et sous contrat qui « selon des modalités différentes partagent le même souci des parents, du bien commun et relèvent les mêmes défis éducatifs, notamment face à l’émergence de l’IA et la polarisation des idéologies, malgré des modèles économiques également bousculés ».
Parmi ces préoccupations conjointes : l’amélioration permanente de la qualité de la relation éducative dans l’objectif de toujours mieux protéger les élèves, comme l’a présenté Nathalie Tretiakow, adjointe au secrétaire général de l’Enseignement catholique chargée de la mission créée dans ce but.
Trop ou trop peu catholique?
Pour autant, la journée a aussi révélé certaines divergences, notamment autour de l’expression de la catholicité, jugée trop faible dans le réseau sous contrat, bien que les « paroles vivifiantes » de son secrétaire général aient été saluées. La directrice diocésaine de Grenoble-Vienne, Bénédicte Dubus a préféré sortir de cette hiérarchie : « Nous sommes pleinement catholiques puisque nos éducateurs – dont nombre d’enseignants en quête de sens, nous rejoignant après une reconversion professionnelle - participent volontairement à un projet sourcé à l’évangile et que nos élèves reçoivent tous une proposition catholique. Plus globalement, nous apportons aussi une intelligence chrétienne au service public d’éducation, transformant par exemple l’injonction des groupes de besoins en opportunité de travailler davantage en équipe, ce qui me semble bien chrétien ! (…) Enfin et surtout nous entendons offrir nos réponses et notre témoignage à l’ensemble de la société et c’est notamment le sens de nos efforts d’ouverture à tous et de mixité sociale ! »
Autre différence de point de vue sur le champ de l’éducation intégrale qui, selon Lionel Devic, co-fondateur de la Fondation Pour l’Ecole, ne devrait pas englober la mission de socialisation : « Nous souhaitons faire tomber l’idée que l’éducation est une œuvre d’Etat. Elle incombe avant tout aux parents qui doivent pouvoir choisir l’établissement qu’ils veulent pour leurs enfants, celui qui est en cohérence avec leurs valeurs ».
Une affirmation modulée par Alexandrine Lionet, chef d’établissement de Saint-Jean-de-Passy, à Paris, pour qui « l’alliance éducative passe autant par la co-construction de projets au sein de l’établissement avec une Apel très impliquée, que par le soutien à la parentalité, certaines familles ayant aussi besoin d’être aidées, voire parfois éduquées. »
Les mille et une nuances éducatives de l’éducation catholique ont pu être mises en perspective par un exposé de haute volée de Thibaud Collin, professeur de philosophie en prépa à Stanislas Paris, sur le thème de la transmission dont il a rappelé que chacun avait vocation à prendre sa part. Se réclamant d’Aristote et du concept de « subjectivisation adéquate » formulé par Jean-Paul II, il a expliqué que « si chacun transmet avec son génie propre, tout ce qui est reçu l’est aussi selon le mode de celui qui reçoit ». D’où l’importance pour tout éducateur d’avoir de la sympathie pour les apprenants. Sympathie qui lui permet de vérifier que les contenus transmis les rejoignent vraiment et vivifient chez elles le vrai, le beau et le bien.