En quête de sens, ils ont anticipé la réforme

Les responsables du lycée Saint-Pierre de Bourg-en-Bresse n’ont pas attendu la labellisation, à la rentrée 2009, de leur établissement lové au coeur du paisible chef-lieu de l’Ain, pour se lancer dans l’expérimentation de plusieurs dispositions prévues dans le cadre de la future réforme du lycée.


Par Aurélie Sobocinski

Saint-Pierre de Bourg-en-Bresse veut être un lycée où chacun joue pleinement son rôle
Saint-Pierre de Bourg-en-Bresse veut être un lycée où chacun joue pleinement son rôle - © Agence ADAKA

Nous partons d’un constat universel, souligne Bruno Jammes, directeur-adjoint du lycée Saint-Pierre (1) de Bourg-en-Bresse, sans acceptation du changement, la stagnation est synonyme de mort. » Il n’est pourtant pas question, ici, de survie : Saint-Pierre, avec ses 500 élèves, enregistre depuis sept ans les meilleurs résultats au bac du département.

Mais précisément : « Fort aujourd’hui d’une maturité et d’une stabilité, l’établissement peut se permettre d’être innovant et de continuer à se démarquer », poursuit Louis-Marie Piron, directeur général de l’ensemble scolaire, qui montre de sa fenêtre les trois lycées publics de la ville, dans un rayon d’à peine cent mètres. À son arrivée, l’orientation des élèves a été le premier chantier auquel le jeune directeur a souhaité s’atteler : « Pas uniquement comme un diktat du projet – il y a une aberration à vouloir demander à des jeunes ce qu’ils seront dans vingt ans –, mais d’abord comme un suivi au plus près pour les accompagner dans leurs choix. »

Depuis la rentrée 2008, l’année de seconde a été réorganisée en quatre périodes, permettant de fonctionner sur le rythme plus équilibré « travail-vacances-travail », selon Bruno Jammes. Et de s’extraire d’une répartition en trois temps telle que finalement « si l’on rate au deuxième trimestre, l’année est fichue », résume le directeur adjoint.
Grâce à ce dispositif, les temps d’adaptation et d’orientation sont repoussés aux extrémités de l’année, ce qui permet de reporter une certaine tension sur la quatrième période, contraignant les élèves à travailler « jusqu’au bout » et à rentrer dans un rythme préparatoire à l’année du bac.
Pour les enseignants et les parents, « cela engage aussi à un suivi beaucoup plus précis et différencié », souligne Annick Antony, enseignantecoordinatrice des secondes, avec quatre conseils de classe au total et, dès la fin de septembre, une « lettre de première impression » adressée à l’élève et à ses parents, repérant les éventuelles difficultés pour pouvoir « réajuster la trajectoire tout de suite après le décollage ». Cela permet de prévenir bien des différends : en un an, les demandes d’appel des familles aux décisions d’orientation ont été réduites… à néant.

Credo

Parallèlement, un autre dispositif a été mis en place, plus axé sur la nécessité d’entrer en seconde dans un véritable temps de détermination. Depuis la rentrée, les lycéens peuvent suivre deux options différentes au cours de l’année – mesures physiques et informatique (MPI) et sciences économiques et sociales (SES). À terme, l’idée serait d’étendre la possibilité de « goûter » à chacun des quatre bacs proposés par Saint-Pierre (L, S, ES, STG) via l’ajout de deux options supplémentaires – sciences humaines et philosophie, une LV3 et/ou une approche des technologies de la gestion.

© Agence ADAKA
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En un an, les demandes d’appel des familles aux décisions d’orientation ont été réduites… à néant.

« L’objectif est non seulement de révolutionner le regard des parents et des élèves sur l’orientation afin qu’elle devienne le fruit d’un choix différencié, vrai et effectif, mais aussi celui des professeurs vers un travail plus collectif, en organisant l’enseignement de ces options sur des horaires communs »,  précise Louis-Marie Piron. Autre grand avantage de ces nouveaux dispositifs : pour cette année, ils s’autofinancent ! précise Louis-Marie Piron.
Autre grand avantage de ces nouveaux dispositifs : pour cette année, ils s’autofinancent ! Saint-Pierre a également pris à bras-le-corps deux autres chantiers qui restent trop souvent au rang des bonnes intentions.
Pour préparer les lycéens à la poursuite d’études dans l’enseignement supérieur, un coaching, « Accompagnement Plus », a été mis au point. Il s’adresse aux élèves de terminale en difficulté, avec une aide pour réussir au bac, mais aussi aux plus doués qui ont un projet plus ou moins précis, en leur ouvrant les portes du supérieur : à raison d’une ou deux heures par semaine, une équipe de professeurs volontaires leur proposent un entraînement aux concours (Sciences-Po, grandes écoles de commerce…) ainsi que des conférences assurées par des intervenants extérieurs.
La vocation du lycée ne s’arrête pas là : « Il se doit aussi de préparer les jeunes à être acteurs et à changer le monde », insiste Louis-Marie Piron. Son credo : « La motivation passe par la responsabilisation et la création d’un autre rapport entre les adultes et les élèves au sein de l’établissement, où chacun joue pleinement son rôle. » Une réflexion pilotée par le responsable de la vie scolaire du lycée devrait aboutir dans le courant de l’année sur la manière d’engager les lycéens à la vie du lycée, en les associant par exemple à la conception du futur foyer, ou encore à l’encadrement des exercices d’alerte…
« Construire l’espace d’une parole et d’un agir-ensemble, c’est une réforme de tous les jours. À nous d’abuser de notre liberté pédagogique, dans le bon sens du terme », conclut le jeune chef d’établissement.

(1) Adresse : 7 rue Villeneuve, BP 12 - 01001 Bourg-en- Bresse Cedex.

eca334Issu du magazine Enseignement catholique actualités n° 334,décembre 2009 - janvier 2010

À retrouver dans l'ECA n° 334

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