Regards sur l’engagement des lycéens

Le Cnesco (Conseil national d’évaluation du système scolaire) a présenté jeudi 6 septembre à la presse le résultat partiel de deux années d’enquête qui montre que les lycéens s’engagent plus qu’on ne l’imagine... mais à leur manière. À noter que les élèves de l'enseignement catholique se distinguent en étant davantage investis dans des activités solidaires menées à l'extérieur de leur établissement.

Par Mireille Broussous

 

Sur le papier, l’hexagone est le champion de l’éducation à la citoyenneté des pays de l‘OCDE. Dès le premier degré, des cours sont consacrés à l’éducation civique et morale. Puis au second, les élèves sont censés participer à la gouvernance de leur établissement ainsi qu’à des projets citoyens. Est-ce que cette politique éducative suscite une véritable volonté de s’engager de la part des lycéens ? C’est ce qu’a voulu vérifier le Cnesco en lançant une enquête auprès de 16 000 élèves d’établissements publics et privés.
Les résultats de l’enquête réservent leur lot de surprises. « Les jeunes souhaitent s’engager mais différemment. Ils s’éloignent de l’engagement traditionnel dans les partis politiques ou les syndicats à l’exception du vote » explique Nathalie Mons, présidente du Cnesco et professeur de sociologie à l’université de Cergy Pontoise.

L’engagement associatif est privilégié par les lycéens. 44 % d’entre eux s’engagent dans les associations humanitaires ou de défense de l’environnement. 75 % déclarent qu’ils se consacreront au bénévolat lorsqu’ils seront adultes.

Les élèves des établissements privés « sont significativement plus engagés que ceux des établissements publics dans les associations », indique l’enquête (voir encadré). Et les formes d’engagement sont différentes. « Les valeurs promues par les établissements catholiques orientent davantage l’action des jeunes vers l’extérieur tandis que les actions des lycéens du public se font au sein de l’établissement », précise Nathalie Mons.

 

Confiance modérée dans les institutions

Deux tiers des lycéens n’ont qu’une confiance modérée dans le système démocratique. Et parmi les 25 % qui se défient du système, on trouve plus de garçons que de filles, plus de lycéens professionnels que de lycéens des sections générales, plus de jeunes issus de familles qui ne s’intéressent pas à la politique, plus d’élèves qui déclarent ne pas avoir de bons résultats scolaires mais aussi – et c’est l’une des grandes surprises de l’enquête – plus d’excellents élèves… « Parmi l’élite scolaire, la confiance dans les institutions est faible. En outre, dans le cadre scolaire, ils sont délégués de classe mais ils s’engagent moins dans les associations. Cela interroge car une partie d’entre eux gèreront les affaires publiques », souligne Nathalie Mons.

Mieux écouter les élèves

Le système scolaire « ne répond que partiellement aux nouveaux besoins d’engagement des lycéens», affirme aussi Nathalie Mons. Deux tiers des élèves de terminale déclarent n’avoir jamais participé à un projet citoyen. 25 % des lycéens de terminale ont été délégués de classe au cours de leur scolarité mais 50 % d’entre eux considèrent qu’on ne tient pas compte de leur avis lors des conseils de classe. « Ils font l’expérience de ne pas être écoutés. Ce n’est donc pas une expérience à 100 % positive. Cela est à mettre en lien avec leur confiance limitée dans leur capacité à agir politiquement», affirme Nathalie Mons.

Les élèves plus investis dans l'enseignement catholique

L’enquête le révèle, les lycéens des établissements privés sont plus nombreux à s’engager dans des associations que ceux des établissements publics. Ainsi, ils sont 31 % à agir dans des associations environnementales contre 25 % des élèves du secteur public, 47 % contre 34 % à s’engager dans l’humanitaire, 22 % contre 10 % à entrer dans le scoutisme. L’engagement sociétal des lycéens du secteur privé atteint 55 % contre 43 % pour le secteur public.

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