La genèse de la réforme

Dans la plupart des lycées, la réforme du lycée de 2010 est perçue comme susceptible de favoriser des approches pluridisciplinaires,  des passerelles entre les filières et les transitions avec le collège et l'enseignement supérieur. D'autre part, elle invite à développer l’engagement et de prise de responsabilité des jeunes.

Par Aurélie Sobocinski

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Pérennisation de la voie technologique, amélioration des procédures d’orientation et d’éducation aux choix en renforçant l’accompagnement et en incluant un droit à l’erreur, responsabilisation des lycéens, espace d'autonomie pour les établissements… Les premières pistes annoncées par le gouvernement pour la nouvelle réforme du lycée rejoignent sur bien des points la contribution de l’enseignement catholique sur le lycée de demain adressée au ministre de l’Éducation nationale.

Reste à transformer l’essai… De nombreux établissements du réseau sont déjà à l’oeuvre. Depuis la rentrée, 58 lycées labellisés, et à leurs côtés 125 autres établissements non dotés mais volontaires, soucieux d’ajuster leur proposition éducative au plus près des lycéens, se sont lancés dans l’expérimentation concrète de certains aspects de la future réforme. Et, pour plusieurs, sont allés bien au-delà…

Accompagnement personnalisé, apprentissage des langues, enseignements d’exploration en seconde… Pour la plupart de ces établissements, ces pistes ne sont pas nouvelles. « Au mieux, on pourrait parler d’une évolution qui va dans le bon sens et cherche à répondre aux changements attendus par les jeunes », note Françoise Gautier, à la tête du lycée technique et professionnel Jeanne-d’Arc de Rennes, labellisé pour l’expérimentation. Dans son établissement, les modules de découverte en seconde, la réorganisation de l’année scolaire en semestres ou encore celle du temps avec des séquences de cours de 45 minutes pour permettre la mise en place d’ateliers pluridisciplinaires, existent depuis plusieurs années déjà. Et la responsable bretonne de regretter « une “réforme” qui ne décloisonne pas davantage les disciplines comme dans le professionnel, le technique ou l’agricolealors qu’il faudrait au lycée une approche pluridisciplinaire qui donne du sens aux savoirs ». Et de citer en exemple la section STG avec les cours coanimés par deux professeurs en économie- droit, maths et mercatique, ou encore les ateliers pluridisciplinaires des BTS…« L’enseignement général a beaucoup à apprendre à travailler sur des référentiels de compétences communs », confirme son collègue Pierre Mazard, proviseur du lycée polyvalent Beauséjour, à Narbonne, non labellisé mais bien investi dans l’avancée de ce chantier.

Pistes essentielles

Quant à l’éducation aux choix mise en avant par la réforme, « il doit s’agir d’une posture professionnelle des adultes, d’un travail de fond qui ne saurait se réduire à deux heures d’accompagnement personnalisé et moins encore à la seule question de l’orientation », avance le même Pierre Mazard qui a mis au point voilà quinze ans un dispositif de professeurs référents. Mais la nouvelle réforme aurait à ses yeux « le mérite d’augmenter ce qui traditionnellement constitue le facteur limitant de toute réforme, à savoir le temps partagé, entre professeurs et élèves, entre enseignants aussi, et avec les parents ». Et ainsi de rejoindre une certaine vision du lycée. Celle d’« un lieu d’éducation qui, plutôt que de mettre la pression sur l’avenir et de surdéterminer les jeunes, serait axé dans un cycle troisième-seconde sur la découverte de soi et du monde, avant de faire entrer les lycéens dans un temps de projet en première-terminale », détaille Yves Mariani, de l’observatoire national de pédagogie. Avant de préciser qu’un tel lycée ne peut se construire sans un investissement particulier des éducateurs en matière de socialisation pour que la classe soit vécue comme une communauté d’apprentissage avec un projet social et permette par là même au jeune de se fonder en tant que citoyen et non comme simple « consommateur d’école ». 

Une piste essentielle, selon Pierre Mazard, tiendrait à aller davantage dans le sens d’un apprentissage mutuel en encourageant par exemple le tutorat entre pairs, comme l’internat de son lycée l’expérimente déjà. Une autre, tout aussi essentielle aux yeux de Louis-Marie Piron, à la tête de l’institution Saint-Pierre de Bourg-en-Bresse, consiste à multiplier les propositions d’enjeux et d’engagements collectifs pour responsabiliser les jeunes. Ici la création d’un livret de compétences pour valoriser les initiatives ne suffit pas : à Beauséjour comme à Jeanne-d’Arc, toutes les réussites des élèves sont recensées dans un petit journal du lycée ou dans la presse locale… « En allant au bout de la logique, il devrait aussi y avoir des retombées sur l’évaluation, suggère Pierre Mazard, qui fait travailler les professeurs de son établissement sur une évaluation formative. On pourrait ainsi sortir des vieux débats sur la notation et particulièrement celle du bac, qui problématise de façon extraordinairement étroite aujourd’hui le maillon du lycée. »

Reste à espérer que ces pistes trouvent un écho dans les futures marges de manoeuvre pour les établissements envisagées par le gouvernement et viennent consolider la mise en oeuvre du nouveau lycée dont la première étape – le niveau seconde – est prévue pour la rentrée 2010.

eca334Issu du magazine Enseignement catholique actualités n° 334, décembre 2009 - janvier 2010

À retrouver dans l'ECA n° 334

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