Yann Diraison sur l’AEF:
« Les lycées sont à un moment charnière »

«Nous avons réparti les moyens afin que tous nos lycées proposent sept spécialités »

Interview accordée à l'AEF-Info par Yann Diraison,
adjoint au secrétaire général de l'Enseignement catholique.

Article d'Erwin Canard, paru le 31/01/2019
sur l'AEF info, agence de presse spécialisée dans l'éducation et l'actualité sociale.

« Nous souhaitons que l’offre de spécialités soit la plus large possible pour que les élèves ne soient pas pénalisés et conserver l’attractivité des lycées », assure, dans un entretien à AEF info le 28 janvier 2019, Yann Diraison, adjoint au secrétaire général du Sgec en charge des moyens d’enseignement. « Pour cela, nous avons réparti les moyens par académie afin que tous les lycées puissent proposer sept spécialités. Nous avons volontairement ajusté les DHG des lycées. Il y aura un mouvement de 600 ETP », explique-t-il. Concernant Parcoursup, Yann Diraison juge que la plate-forme «n’a pas si mal fonctionné ». Quant au projet de loi pour une "école de la confiance », le Sgec espère que l’article sur l’expérimentation concernera également le temps de service enseignant et que la notion de "socle commun" sera inscrite dans le texte.

Yann Diraison, Adjoint au Secrétaire général PÔLE RESSOURCES
Yann Diraison, Adjoint au Secrétaire général de l'Enseignement catholique

AEF info : Comment la réforme du lycée général et technologique se met-elle en place dans vos 800 lycées ?

Yann Diraison : Nous sommes à un moment charnière. D’un côté, c’est la fin de la phase durant laquelle les établissements faisaient leurs propositions au recteur et les cartes académiques ont presque toutes été arrêtées. Le dialogue entre établissements et recteurs s’est globalement bien déroulé même s’il reste quelques points de crispation comme à Montpellier ou Nancy. À certains endroits, les recteurs avaient établi que si le nombre d’élèves qu’accueillait un lycée ne permettait pas d’ouvrir plus de quatre spécialités, alors l’établissement ne devait proposer que quatre spécialités. Nous avons contesté ce point en souhaitant que l’offre soit la plus large possible afin que les élèves ne soient pas pénalisés par avance, et pour conserver l’attractivité des lycées.
De l’autre côté, les interrogations portent désormais sur les choix des lycéens, dont il est possible qu’ils ne correspondent pas à l’offre qui leur est proposée. Nous commençons à avoir quelques idées, en particulier dans les lycées déjà identifiés comme scientifiques où les lycéens devraient choisir des spécialités scientifiques. Mais dans les lycéens plus polyvalents, les choix seront plus divers.

 

AEF info : Comment avez-vous établi les cartes de formation dans vos lycées ?

Yann Diraison : Nous avons réparti les moyens par académie afin que tous les lycées puissent proposer sept spécialités. Nous avons volontairement ajusté les DHG des lycées. Il y aura un mouvement de 600 ETP, sur 136 000 enseignants. La réforme est particulièrement impactante dans les lycées de petite et moyenne taille, globalement inférieurs à 400 élèves. Un lycée de 100 élèves, qui pouvait proposer des cours de langues vivantes à des groupes de 10 élèves en fonction des filières, pourra, grâce à la réforme, faire des économies en regroupant, puisqu’il ne sera plus contraint par les cylindres qu’étaient les filières. L’objectif de la réforme n’est pas de faire des économies mais elle peut en induire.
En revanche, dans des lycées de plus de 400 élèves où les groupes étaient pleins partout, il y a un risque que se reconstituent les filières, par habitude et par facilité d’organisation. Or, il n’y a plus de raison que les cours d’arts ou d’EPS soient organisés en fonction des spécialités. La réforme peut permettre de revoir toute l’organisation des établissements.

"L’objectif de la réforme du lycée n’est pas de faire des économies mais elle peut en induire."

AEF info : Finalement, comment, d’après vous, se passera la rentrée 2019 dans les lycées ?

Yann Diraison : J’ai le sentiment que, dans les lycées privés, cela va bien se passer puisque l’esprit de la réforme, la modularité, est ce que le Sgec prône depuis longtemps. Il n’en demeure pas moins que nous nous questionnons forcément sur la manière dont nous allons caler les choix des élèves, impondérables, avec les obligations de gestion des établissements. Les RH des lycées joueront logiquement beaucoup.
Toutefois, nous n’allons pas instaurer de seuils à partir desquels il conviendrait d’ouvrir une spécialité, car il faudrait faire en fonction de la taille des établissements, de leur situation géographique - la problématique n’est pas la même en ville que dans les Pyrénées.
En revanche, nous travaillons actuellement autour des conventions entre établissements privés afin de mutualiser des spécialités mais, évidemment, ce ne sera pas possible partout. Nous réfléchissons également aux enseignements à distance, qui se font déjà dans certaines régions pour des langues vivantes par exemple.
Ce qui fera la réussite, finalement, de cette réforme est la manière dont l’enseignement supérieur jouera le jeu, en définissant leurs attendus en termes de compétences et non de notes. Mais je ne suis pas pessimiste.

 

AEF info : Comment jugez-vous la première année de Parcoursup et comment voyez-vous celle qui s’ouvre ?

Yann Diraison : Bien que le système ne soit pas parfait, qu’il ait généré des difficultés, pour nous, tout système qui tient compte des choix des élèves et des attendus des établissements est préférable au tirage au sort. Il n’a pas si mal fonctionné, d’autant que le supérieur accueillait 40 000 étudiants de plus.
Pour la deuxième année, un point nous serait insupportable : l’anonymisation à l’extrême, faisant qu’il n’y ait plus de relations possibles avec les élèves alors qu’une bonne inscription dans le supérieur, c’est la rencontre d’un projet de l’étudiant avec celui de l’établissement. Mais, heureusement, elle ne semble plus à l’ordre du jour.

 

AEF info : L’instruction obligatoire à 3 ans va avoir des conséquences pour l’enseignement privé. Comment réagissez-vous aux critiques de ce projet de loi, évoquant un "surcoût pour les communes ?

Yann Diraison : Nous sommes favorables à cette mesure, que l’on avait évoquée depuis longtemps. Nous souhaitons qu’elle s’accompagne d’une certaine souplesse dans la manière d’appréhender la première année, notamment en termes d’assiduité.
Quant aux polémiques, elles sont surtout venues de communes qui, par un choix éminemment politique, ne finançaient pas les classes maternelles des écoles privées. La loi va mettre fin à une profonde injustice faisant que les familles scolarisées dans les écoles privées non-financées par les communes paient leurs impôts dans cette même commune. Néanmoins, nous ferons des choix raisonnables, nous allons laisser le temps aux communes de s’adapter, en discutant, au cas par cas, des mesures permettant d’étaler la montée en charge progressive du paiement du forfait communal.

"Scolarisation à 3 ans :
nous allons laisser
le temps aux communes
de s’adapter"

AEF info : Quelles sont les autres mesures du projet de loi pour une "école de la confiance" ( qui vous interpellent ?

 

Yann Diraison : Nous allons suivre attentivement l’article sur l’expérimentation. Nous attendons une souplesse sur la manière de compter le temps de service des enseignants : il nous paraît difficile de pouvoir expérimenter sur le temps scolaire des élèves, comme le permettrait l’article, tout en restant dans le cadre du service hebdomadaire actuel des professeurs.
Aussi, nous souhaiterions que la possibilité de créer des écoles du socle commun, regroupant le premier degré et le collège, soit inscrite dans la loi.

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