Les Campus des métiers, des super réseaux !

Les « Campus des métiers et des qualifications » relient établissements et entreprises d’une même région. Le lycée technique La Châtaigneraie du Mesnil-Esnard (76) a rejoint le Campus normand « Propulsion, matériaux et systèmes embarqués ». Un exemple à suivre, alors que le ministère vient de lancer un 5ème appel à projet le 13 février 2017.

Appel à projet

Un cinquième appel à projets a été annoncé par la Ministre de l’Education Nationale, le 13 février dernier. Ce label est délivré pour quatre ans sur des critères précis :

-la cohérence de l’offre de formation avec les besoins économiques ;
-le partenariat avec les entreprises locales et des laboratoires de recherche
-la diversité et la complémentarité de l’offre de formation
- l’innovation et la prise en compte du numérique et du développement durable ;
- l’ouverture européenne ou internationale et la vie du Campus.

Depuis 2013, 77 campus des métiers et des qualifications ont été labellisés dans des secteurs d’activités très divers. Certains établissements adhérents de l’Union en font partie.

Par Mireille Broussous

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C’est au lycée technique public Marcel-Sembat, à Sotteville-lès-Rouen (76) que s’est tenu, le 21 septembre 2015, le premier conseil d’administration (CA) du Campus des métiers et des qualifications de Normandie « Propulsion, matériaux et systèmes embarqués ». Autour de la table : une quinzaine de participants parmi lesquels des chefs d’établissements du public et du privé, des universités de Rouen et Caen, de diverses écoles d’ingénieurs ainsi que de technopôles et de grandes entreprises. La création de ce Campus permettra aux établissements du secondaire ou du supérieur de se mettre en phase avec les industriels et de lancer des projets communs – l’un des objectifs étant que les entreprises trouvent en région les jeunes qualifiés dont elles ont besoin.

Parmi les membres du CA présents : Bruno Aubriet, chef d’établissement du lycée technique privé La Châtaigneraie. « C’est important d’y être pour peser sur les débats », confie-t-il. « De fait, il faut militer pour que les lycées privés soient associés à la gouvernance des Campus qui est confiée, par les textes, à un établissement supérieur ou secondaire public », souligne Jean-Marc Petit, en charge de la formation professionnelle au Sgec qui leur conseille de se présenter en réseau. Une participation d’autant plus légitime pour La Châtaigneraie, que ce gros lycée à vocation industrielle, tourné vers l’automobile, a déjà noué des liens importants avec les groupes présents dans la région. Pour preuve, son centre de formation continue dispense chaque semaine des cours à une cinquantaine d’ouvriers et d’agents des concessions Renault et Citroën.

Recruter local

Bruno Aubriet, chef d'établissement de La Châtaigneraie, au Mensil-Esnard

La Châtaigneraie travaille déjà en réseau avec huit autres établissements. Mais avec le Campus des métiers de Normandie (qui englobe la Haute et la Basse Normandie), les synergies entre établissements ainsi qu’avec les industriels et les filières d’excellence devraient passer à la vitesse supérieure. Créé en 2013 par l’État dans le cadre de la loi de Refondation de l’École, le label « Campus des métiers et des qualifications » vise à valoriser l’enseignement professionnel et l’insertion des jeunes. Ces Campus sont des super réseaux « dans lesquels la notion de territoire est très importante », précise Georges Frouin, animateur du Campus pour la Haute-Normandie. Et, sur ce vaste territoire qui se déploie autour de deux centres de gravité (Caen et Rouen), on trouve le technopôle du Madrillet (agglomération de Rouen) dédié aux écotechnologies, les grandes entreprises automobiles de la vallée de la Seine, le pôle de plasturgie d’Alençon ainsi qu’une filière aéronautique et spatiale innovante.

« Dans la région, il n’existe aucune formation en propulsion de véhicules hybrides, observe Bruno Aubriet. Il n’y a pas de référentiels de formation pour ces systèmes, les enseignants n’y sont pas formés, nous ne disposons pas du matériel adapté. Pour combler ce manque, il nous fallait nous rapprocher des industriels. » Pourquoi ne pas intégrer d’emblée, dans les formations, les démarches qualité et sécurité qui ont cours dans l’automobile et l’aéronautique ? « Nous formerions ainsi des jeunes adaptés aux exigences du monde industriel », estime Bruno Aubriet.

« L’objectif du Campus des métiers est aussi de lancer des projets en lien avec les problématiques concrètes des industriels », souligne Gildas Le Hir. Parmi les projets évoqués lors du premier CA, la construction d’un ULM.

L’autre grand axe du Campus, c’est la mutualisation des compétences et des connaissances. « Ce que nous souhaitons en matière de mutualisation, c’est que les entreprises n’en restent pas au niveau des promesses. Lorsqu’elles annoncent qu’elles veulent accueillir des stagiaires, détacher un ingénieur pour faire des cours dans un établissement, elles doivent le faire », précise Bruno Revellin-Falcoz, président du Campus des métiers. Le directeur opérationnel et ses trois adjoints s’assureront de fait que les promesses sont tenues. Certaines initiatives font rêver les membres du Campus et ils souhaiteraient qu’elles se généralisent. Au lycée Marcel-Sembat, par exemple, un professionnel forme quelques jeunes à la technologie du gyropode (Segway®), ce véhicule monoplace constitué d’une plateforme et de deux roues. « Les jeunes qui sortent de cette formation seront immédiatement employables par les constructeurs. C’est ce type de démarche qu’il nous faut développer », insiste Bruno Revellin-Falcoz.

Le financement,
en suspens

« Ces Campus présentent l’intérêt de donner des perspectives du CAP au post-bac, reconnaît Jean-Marc Petit du Sgec. Mais en fixant des domaines de formation sur des régions, ils ne couvrent pas tous les besoins du tissu local. D’autant que les jeunes ne sont pas très mobiles jusqu’au BTS et que l’enseignement catholique se veut proche des besoins des jeunes », tempère ce responsable. Enfin, une question de taille n’a pas été réglée : celle du financement du Campus des métiers.

 

L’avis de Bernard Michel, président de l’UNETP et chef d’établissement de l’ensemble scolaire Saint-Louis, à Crest (Drôme).

 

 

 

 

Les lycées technologiques privés sont-ils nombreux à faire partie des Campus des métiers et des qualifications ?

Bernard Michel : Trop peu y participent. La position de l’UNETP (Union nationale de l’enseignement technique privé) est claire : nous ne pouvons rester en marge, d’autant que nous sommes associés au service public. Ces Campus rapprochent l’École du monde économique et regroupent des acteurs essentiels au niveau régional. Ils permettent de mettre en adéquation nos formations avec les demandes des entreprises, d’assurer une veille technologique et de mutualiser les moyens et les compétences.

Comment aider les lycées à y entrer ?


B. M. : Au niveau national, nous devons réaffirmer que l’enseignement catholique souhaite participer aux Campus des métiers afin d’y être conviés. Les lycées doivent aussi se montrer autonomes et réactifs. Ces Campus vont leur permettre de faire de leurs filières technologiques des filières d’excellence. Bien sûr, les établissements travaillent déjà avec les branches professionnelles et des industriels mais les Campus des métiers regroupent les réseaux existants au niveau des bassins d’emplois. En faire partie rendra nos établissements plus opérationnels et leur permettra d’être de véritables interlocuteurs des régions.

La participation des rectorats comme des entreprises peut se faire sous forme de mise à disposition de personnes, voire de locaux : trois enseignants ont ainsi été mis à disposition pour celui de Normandie par ses deux académies. En revanche, les modalités de celle des régions restent à examiner.

Reste que les Campus présentent un atout majeur : permettre une communication positive autour des formations technologiques. « Nous comptons sur notre participation au Campus pour donner leur juste rayonnement à nos formations professionnelles. Il est important que les parents comprennent la chance que ces formations constituent pour leurs enfants », rappelle Bruno Aubriet. Le développement de concours, d’olympiades, de challenges devrait aider à redorer le blason de ces filières. En 2016, la Normandie fêtera les cent ans de l’implantation de l’aéronautique dans la région. Le Campus devra imaginer des manifestations afin de célébrer cet anniversaire et peut-être susciter de nouvelles vocations.

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