Le ministère place la rentrée sous le signe de l’apaisement

Réussir ensemble, cultiver le sens du collectif et de l’engagement, tout en offrant un accompagnement personnalisé aux élèves comme aux personnels, telles étaient les grandes lignes de la conférence de presse de Jean-Michel Blanquer, le 27 août dernier à Paris. Pour sa troisième rentrée, l’heure était à l’apaisement pour le ministre de l’Éducation nationale, après les tensions autour du bac et du projet d’établissements publics des savoirs fondamentaux. Tour d’horizon.

Aurélie Sobocinski

Priorité au primaire

300 000 élèves de CP et CE1 de l’éducation prioritaire sont concernés par le dispositif de dédoublement des classes en cette rentrée, « soit 20 % d’une génération », a annoncé Jean- Michel Blanquer.

À cet effet, 2 300 postes sont créés. D’ici à la fin du quinquennat, 450 000 élèves en bénéficieront avec l’extension de la mesure aux classes de grande section de maternelle de REP et REP+, à laquelle s’ajoutera la limitation des effectifs à 24 élèves dans toutes les classes de grande section, CP et CE1. Toutefois, pour relever le défi de l’acquisition des savoirs fondamentaux, le dédoublement ne suffit pas, a souligné le ministre. Il doit être accompagné de « bonnes pratiques » pédagogiques, d’un soutien constant apporté aux enseignants ainsi que de la poursuite des évaluations (mises en place l’an dernier en CP, CE1 et 6e).
Dernière annonce : les effectifs seront limités à 24 élèves en grande section, CP et CE1 dans toutes les écoles d’ici l’année 2022.

Justice sociale et territoriale

Si la notion de « mixité » ne figurait pas dans l’allocution de rentrée du ministre de l’Éducation nationale, celle de « justice sociale » est revenue plusieurs fois. La mesure phare en est l’obligation scolaire dès l’âge de 3 ans (contre 6 ans précédemment), entérinée en cette rentrée dans le cadre de la loi Pour une École de la confiance. De façon symétrique, l’obligation scolaire sera prolongée à la rentrée 2020, à l’âge de 18 ans (contre 16 ans jusqu’à présent).

Le dossier de presse confirme aussi que le nombre d’élèves suivis dans les Cordées de la réussite, dispositif de partenariat entre des établissements de l'enseignement supérieur et des établissements scolaires aux publics peu favorisés, augmentera considérablement en deux ans, passant de 80 000 à 180 000 élèves. Cette visée de justice se veut aussi « territoriale », a souligné le ministre, en écho aux revendications portées au sein du mouvement des « gilets jaunes ». Et l’engagement présidentiel selon lequel il n’y aurait plus de fermeture d’école sans l’accord du maire a été réaffirmé par Jean-Michel Blanquer. « Le réseau des écoles rurales doit être soutenu sur un mode attractif plutôt que défensif, a-t-il précisé, le combat est celui de la revitalisation des territoires. »

Sur l'École du socle

L’amendement à la loi Pour l’École de la confiance qui proposait la création d’un cadre juridique à des regroupements d’écoles et de collèges sous la forme d’établissements publics locaux d’enseignement des savoirs fondamentaux (EPLESF) a été écarté, car il cristallisait un vaste mouvement de protestation parmi les enseignants. En août dernier, toutefois, deux rapports conjoints évoquant l’école du socle, remis par l’Igen et l’IGAENR en septembre 2018 (« Gouvernance académique du 1er degré ») et en mai 2019 (« Groupe d’études et d’expertise “École du socle” »), ont été mis en ligne sur le site du ministère. Aussi, Jean-Michel Blanquer a-t-il tenu à clarifier sa position : « J’ai entendu les oppositions à ce projet au moment des débats autour de la loi. Le but n’est pas de le retirer pour le remettre ailleurs ! »

Coopération en matière d’inclusion

Avec la création en cette rentrée de 3 000 Pial (Pôles inclusifs d’accompagnement localisés) qui mutualisent les personnels accompagnant les élèves en situation de handicap, le recrutement de 4 500 d’entre eux et l’évolution du statut de ces professionnels – 29 000 contrats aidés d’Auxiliaires de vie scolaire (à temps partiel), transformés en 16 571 ETP (équivalents temps pleins) d’Accompagnants d’élèves en situation de handicap (AESH) –, le ministre vise un « changement de paradigme ». « Ce n’est plus l’enfant qui attend d’avoir un AESH pour aller à l’école ; il va à l’école où un AESH l’attend », a souligné Jean-Michel Blanquer.

Par ailleurs, les accompagnants devraient se voir proposer une formation renforcée – nomination d’AESH référents, formation d’adaptation à l’emploi dès la première année – ainsi que la possibilité d’un « recrutement commun » par l’Éducation nationale et les collectivités territoriales. Priorité forte pour ce chantier de l’inclusion : la nécessité de renforcer les partenariats entre l’École et les structures médico-sociales (IME, etc.). Pour accompagner les enseignants, la plateforme Cap École inclusive ouvre, en cette rentrée : elle propose ressources pédagogiques et mise en lien avec des pairs expérimentés.

Réformes du lycée

Pour veiller à la mise en place de la réforme du lycée général et technologique, un comité de suivi, piloté par Pierre Mathiot, directeur de l’IEP de Lille, et Marie-Pierre Luigi, inspectrice générale, est mis en place ; un autre comité de suivi, piloté par l’inspecteur général Marc Foucault, accompagne la réforme du lycée professionnel.

Aucune précision n’a été apportée par le ministre sur les nouveautés introduites par la réforme de la voie professionnelle, en particulier sur la montée en puissance de l’apprentissage dans les lycées. Concernant la réforme du lycée général et technologique, le « point intéressant » pour le ministre tient dans une offre nouvelle pour les lycéens (47,7 % des élèves, en première cette année, ont fait des choix qu’ils n’auraient pas pu faire avant). Certaines mesures comme la banque d’épreuves communes pour le contrôle continu, ou encore l’oral au bac, restent encore en discussion quant aux modalités d’application.

Contre les violences

Établissement d’une convention interministérielle Éducation nationale/ Justice/Intérieur/Agriculture dans chaque département pour mieux articuler les sanctions judiciaires et éducatives, nomination de «référents violences en milieu scolaire », raccourcissement du délai de convocation du conseil de discipline... La protection des personnels et des élèves constitue un point d’attention particulier du ministre en cette rentrée, avec la lutte contre le harcèlement.

Par ailleurs, deux dispositifs sont mis en place pour prendre en charge « les élèves hautement perturbateurs et poly-exclus » (environ 1 500 jeunes) : le recours à l’équipe mobile mixte d'intervention scolaire, à la demande de l'école ou de l'établissement ; l'affectation en classes relais sur décision de l'IA-Dasen (Décret n° 2019-909 du 30 août 2019)

 

La question des rémunérations

« La réforme des retraites va être l’opportunité de discuter sur un mode pluriannuel de l’évolution de la rémunération des enseignants », a déclaré Jean-Michel Blanquer, reconnaissant « le retard accumulé depuis des décennies, notamment en matière de primes ».

Il a annoncé, par ailleurs, que les professeurs en REP+ (école, collège) bénéficient d’une augmentation de 1 000 euros nets par an en cette rentrée, doublant ainsi celle octroyée l’an dernier.

Enfin, Jean-Michel Blanquer a évoqué la future mise en œuvre du PPCR (Parcours professionnels, carrières et rémunérations). Au total, 299 millions d’euros seront fléchés en 2020 pour renforcer le pouvoir d’achat des personnels, soit une hausse de 300 euros bruts en moyenne de leur salaire annuel.

 

À l’école des colibris

L’enseignement du développement durable s’inscrit dans la priorité nationale de redonner le sens de l’engagement aux élèves, a rappelé Jean-Michel Blanquer qui a tenu sa conférence de presse de rentrée dans un lieu inédit : le jardin de son ministère.

Les objectifs affichés en matière écologique découlent de fait des huit mesures concrètes formulées par les élèves l’an dernier dans le cadre des conseils de vie lycéenne (CVL). Le changement climatique a ainsi été introduit dans les nouveaux programmes du lycée, et le CSP (Conseil supérieur des programmes) a été saisi pour « enrichir » ceux de l’école et du collège. Le ministre a annoncé aussi la création d’« espaces de bioversité » dans les établissements scolaires (potagers, plantation d’arbres, nichoirs…).

Fin septembre, chaque classe de collège et lycée élira un éco-délégué, et le label E3D (école ou établissement en démarche globale de développement durable) sera développé dans les établissements : en 2022, 10 000 établissements devraient être labellisés.
« Nous ne sommes plus un mammouth mais un peuple de colibris », a conclu le ministre, reprenant à son compte la métaphore du petit oiseau qui apporte sa goutte d’eau pour éteindre l’incendie.

Partagez cet article