Le Christ aveugle, un film qui interroge la foi

Le Christ aveugle sort sur les écrans le mercredi 10 mai 2017. Ce second film du jeune réalisateur chilien Christopher Murray se situe dans une des régions les plus pauvres du Chili. Le Christ aveugle n'est pas un film sur la religion mais sur la foi et ses limites, et plus largement, sur la part d'humanité que nous avons tous en partage.

Philippe Cabrol

« La foi, c’est le son qui remplit le vide causé par l’absence matérielle de Dieu. » C’est la conviction de Christophe Murray, jeune réalisateur chilien non croyant qui signe un film sur les ressorts de la foi. Dans le Christ aveugle, film d’ombres et de pénombres, les seules scènes lumineuses sont d’ailleurs celles tournées dans le désert, comme une référence à la solitude, au silence, propices à la rencontre avec Dieu.

Le personnage principal de ce film, Michael, prétend avoir eu une révélation divine au milieu du désert. Ses voisins pensent qu’il est devenu fou. Un après-midi, lorsqu’il apprend que l’un de ses amis d’enfance a eu un accident au fin fond d’un village perdu, il décide de tout abandonner pour partir en pèlerinage, pieds nus à travers le désert, afin d’accomplir le miracle qui sauvera son ami blessé.

Ce film a été sélectionné dans six festivals du monde entier. En 2016, il était, par exemple, en compétition officielle à la Mostra de Venise et au festival international du film de Rio de Janeiro.

Chili, France, 2016, fiction, réalisation et scénario Christopher Murray, 1h25.

 

Trois pistes pédagogiques
pour le lycée

Cette œuvre, d’un accès peu aisé mais réellement passionnante, peut servir utilement de support pour aborder, avec des lycéens, la question de la foi. Voici des pistes pédagogiques à exploiter avec les élèves.

 

  1. Une lecture en six étapes

« Le buisson ardent »

Ces flammes divines attestent pour Michael de la présence de Dieu. Nous pouvons relier cet extrait du film avec la référence aux prophètes dans l'Ancien Testament. Michael se sent renforcé par une manifestation du divin sous la forme de lumière en provenance d’un brasier en plein désert qui lui a illuminé la conscience. Il ne se contente pas de savoir que Dieu existe : il veut démontrer qu’il a les moyens d’accomplir un véritable miracle.

 

La marche de Michael

Le héros entreprend dans le désert un chemin de pénitence et il se fait le messager de Dieu. Christopher Murray insère dans son film d’évidentes références à l’histoire de Jésus. Michael, tout en marchant parmi les gens et en écoutant leurs malheurs, entreprend dans le désert un chemin de pénitence. Il se fait le messager de Dieu, donnant ses enseignements comme si le Christ parlait par sa bouche, parce que « la foi est le rêve qui remplit le vide causé par l’absence matérielle de Dieu » - une phrase fondamentale du film. Le vide, le désert, le silence du désert… C'est dans le silence que Dieu nous rejoint.

La traversée du désert

La ténacité et l'entêtement de Michael se vivent dans la troisième étape qui illustre le déplacement tant dans son sens propre que figuré dans le désert. La foi est une marche, la foi est un chemin. Pourquoi le personnage principal du film marche-t-il autant dans le désert ? Est-ce Dieu qui agit à travers lui ? « Dieu n’est pas à l’extérieur, mais en chaque individu », déclare Michael dans le film. Il invite de cette façon ses proches et tous ceux qui croisent sa route à regarder en eux.

 

Attentes « magiques » et « mystiques »

Celles et ceux qui croisent sa route sont surtout des pauvres gens. Ils sont les habitants de cette région dont les ressources minières sont exploitées par de grandes compagnies. Ces pauvres gens laissés pour compte, n’arrivent plus à se réapproprier leurs terres. Les attentes « magiques » et « mystiques » de ces pauvres gens peuvent être le point central de la quatrième étape. Dans sa relation avec les habitants de cette région, Michael incarne le don de soi et donne à voir son engagement, il redonne de l’espoir. Nous pouvons ici faire référence à la Croix : au-delà de la Croix qui fit souffrir le Fils de Dieu, Jésus a dû affronter un poids bien plus lourd, celui de sa qualité d’humain. Michael fait référence à cette souffrance de Jésus-Christ et à la souffrance des hommes.

Échec et rencontre

Après avoir échoué à accomplir son miracle, Michael dit que Dieu l’a abandonné, lui et les habitants de la région, et qu’ils sont condamnés. Comment interpréter cette scène et ces paroles ? Michael doute mais n'est-ce pas aussi le creuset de l'épreuve de la foi ? Le gardien de l’église dit à Michael que « la foi, c’est le son qui comble le vide » et que « les hommes sont là, eux aussi, pour combler le vide après que Dieu et Jésus ont disparu ». « La scène qui suit cet échange est des plus mystérieuses. Michael gravit les escaliers et le gardien se volatilise. Faudra-t-il que le héros comble lui aussi le vide après cette disparition ? » écrit Christopher Murray dans sa présentation du film. L’interprétation de cette scène reste ouverte. Michael utilise à son tour ce vide, comme le gardien le lui a enseigné. C’est le sens de son geste quand il fait tinter les clochettes. Ce vide permet de trouver en soi les ressources pour reconstruire et repartir sur de nouvelles bases.

 

Le retour

Ces nouvelles bases ne seraient-elles pas le retour de Michael vers son père, vers le Père ? Nous sommes à la film du film : c'est la sixième étape. Deux signes sont intéressants à interpréter : une parole du père « Les gens ont foi en toi » et l'amour retrouvé du père (du Père).

2. Le thème des paraboles

Une seconde piste consisterait à travailler sur la question des paraboles. Le réalisateur du film confie : « Les paraboles ne sont pas là, selon moi, pour délivrer une vérité mais pour donner du sens à des choses statiques. Je vois l’ensemble de mon film aussi comme une parabole. Le personnage de Michael ne délivre pas des préceptes aux autres mais écoute leurs vérités. Il s’agit plus d’un film sur l’écoute que sur la parole. Michael reçoit tous ces récits personnels. C’est un partage d’expériences, comme on peut le voir dans ses discussions avec le gardien de l’église. Cette disponibilité à la parole de l’autre est le mode de communication entre les personnages ».

 

3. Un décryptage par les lycéens

Une troisième piste de démarche pédagogique permettrait d'inviter les élèves à des réactions spontanées (évocation d'images, place de la musique, rappel et présentation d'une scène ou d'une séquence marquante). Une grille d’analyse consisterait à « revisiter » l’ensemble du film, situer les principaux personnages) et repérer les éléments symboliques (eau, feu, arbre, croix, repas, gestes, lieux…). Ensuite il serait intéressant de chercher les résonances bibliques, les passages d’Évangile auxquels personnages et situations nous font penser pour finalement partager sur ce que le film nous a apporté pour notre vie chrétienne.

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