Concours enseignants 2016 dans le privé : la reprise se confirme

Les résultats des concours 2016 dans le privé attestent d’une amélioration de la situation du recrutement enseignant, un peu plus marquée que dans le public. La pénurie de suppléants reste en revanche problématique du fait, notamment d’une réglementation en matière de rémunération des remplaçants, inéquitable pour l’enseignement privé.

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Les résultats aux concours enseignants 2016 dans le privé confirment une reprise du recrutement des enseignants, analyse Yann Diraison, adjoint au secrétaire général de l’Enseignement catholique en charge des ressources humaines. Il en veut pour preuve l’augmentation du ratio entre candidats à l’admissibilité et nombre de lauréats, gage de qualité et de sécurisation du recrutement. En effet, plus il y a d’aspirants pour un poste, plus ce dernier a de probabilités d’être pourvu avec un candidat de niveau élevé.
Globalement, pour les concours externes des enseignants du privé sous contrat du second degré, ce ratio s’établit à quatre candidats pour un lauréat – contre 2,6 dans le public. « C’est moins par rapport aux années précédant 2010 où il était d’environ de 5 pour 1, mais il est à nouveau en augmentation par rapport aux années catastrophiques qui se sont succédées de 2011 à 2013, liées à l’instabilité du système de formation et des concours », commente Yann Diraison.
En 2016, sur les 1500 postes ouverts aux concours enseignants du privé pour le second degré –un chiffre stable, en légère augmentation depuis 2013-, 170 n’ont pas été pourvus, soit une proportion de 11% qui masque de fortes disparités : « On observe une saturation des concours (100% des postes pourvus) dans la majorité des disciplines à commencer par les maths, les lettres ou l’allemand (la qualité du niveau des candidats compensant leur faibles effectifs pour cette dernière matière). En revanche, il y a ponctuellement de gros trous comme en histoire–géographie (55% des postes non pourvus), en physique-chimie (23%), en SVT (17%), autant de champs où s’impose un réel travail pour nos Isfec en termes de formation », analyse l’adjoint au secrétaire général.
Côté Éducation nationale, avec 19563 candidats présents à l’admissibilité pour 7416 postes ouverts aux concours du second degré, ce sont 15% des postes qui n’ont pas été pourvus. En revanche, ce sont les disciplines qui sont moins bien loties dans le privé qui s’en sortent le mieux dans le public, à savoir : histoire, physique-chimie et SVT. En revanche, les maths (22% des postes non pourvus), les lettres modernes (19%), l’anglais (14%) et l’allemand (57%) n’arrivent pas à saturation, alors que tous leurs postes sont pourvus dans le privé.
S’agissant des concours externes du privé pour le premier degré, sur 3537 présents à l’admissibilité pour 841 postes ouverts, le ratio est de 4,2 pour 1, avec une évolution similaire à celle du 2nd degré. Avec huit postes non-pourvus au total, le taux de saturation des concours atteint plus de 99% de façon homogène sur l’ensemble du territoire.

 

L’épineux problème des suppléances

La question des remplacements reste tendue, notamment dans l'enseignement privé, désavantagé par un écart de rémunération avec le public.

 

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S’il n’y a pas de pénurie dans le recrutement des enseignants titulaires, « il y a un réel problème de raréfaction du vivier des remplaçants », souligne Yann Diraison, secrétaire général adjoint en charge des ressources humaines. Celui-ci se pose d’ailleurs dans le privé comme dans le public, comme en a témoigné l’annonce récente par la ministre de l’Éducation nationale de sept mesures pour y remédier (départementalisation des services de remplacements du 1er degré et, dans le 2nd degré, recours à des contractuels ou aux remplacements en interne, pour les absences courtes -décret de 2005-1035-…)
Cette tension au niveau des suppléances est d’abord liée, de manière mécanique, à la baisse du nombre de candidats à l’admissibilité par poste ouvert, selon Yann Diraison. « Dans l’enseignement privé, cette pénurie n’était toutefois ni générale disciplinairement, ni géographiquement. La situation varie en fonction de l’attractivité globale des régions, ce qui rend le phénomène d’autant plus complexe à résoudre », poursuit l’adjoint au Secrétaire général de l’Enseignement catholique. Parmi les situations les plus criantes : les académies de Créteil, de l’Est et du Centre.

« Concurrence déloyale »

Autre vecteur de difficulté : les suppléants de l’enseignement privé ont tendance à fuir vers l’enseignement public, analyse Yann Diraison. En cause : la « concurrence déloyale », qui permet aujourd’hui à un recteur de sur-rémunérer les remplaçants du public dans les zones en difficulté de recrutement. L’écart net de rémunération peut ainsi atteindre jusqu’à 600€ entre les suppléants du public et leurs homologues du privé. Yann Diraison indique donc que « la transposition indispensable de ces dispositions règlementaires sur la rémunération des suppléants au privé sera l’un des dossiers porté par l’Enseignement catholique dans le cadre de la préparation aux élections présidentielles… si cette question ne peut être réglée plus rapidement ».

Les pistes du Cnesco pour renforcer l’attractivité du métier

 « Plus qu’un défaut d’attractivité du métier, ce sont les à coups successifs dans les politiques de recrutement qui alimentent la pénurie d’enseignants. » Tel est le message fort de Nathalie Mons, présidente du Cnesco délivré en préambule de la présentation de son rapport le 7 novembre dernier sur l’attractivité du métier enseignant en 2016.

Cette étude sur une possible crise de recrutement des enseignants en France met en perspective des résultats des concours depuis 1993 : « Aucune tendance de fond ne se dégage. Seuls des phénomènes très conjoncturels sont observés. » En revanche, dans tous les pays en tête de Pisa (Finlande, Singapour, Allemagne), « la construction d’une politique de ressources humaines, en lien avec les besoins démographiques, qui s’inscrit dans la durée est centrale pour la qualité du recrutement des enseignants », souligne le rapport. « Il y a eu sous le dernier quinquennat un réel souci des RH, et l’ambition doit aller plus loin dans les années à venir », invite la chercheuse, qui, à quelques mois des élections présidentielles, appelle à « une politique d’attractivité globale du métier enseignant ».

Le seul levier financier ne suffit pas : « Il n’y a pas de structure de salaire qui soit plus associée à certains résultats, explique Marc Gurand, directeur de recherche au CNRS et membre du Cnesco, même si des coups de pouce ponctuels ciblés, massés peuvent avoir un réel impact, plus d’ailleurs qu’une augmentation générale. »

S’inspirant notamment des initiatives d’autres pays de l’OCDE, le Cnesco préconise le développement de réels viviers avec la relance de dispositifs de pré-recrutement comme celui des Emploi d’Avenir Professeurs (EAP) et la proposition de missions aux étudiants au sein de l’Education nationale avec attribution de crédits ECTS, un mentorat sur 2 ans pour les néo-titulaires et des primes d’installation renforcées dans les académies déficitaires, ou encore le développement de programmes pour attirer de nouveaux profils de candidats (des CPGE mais aussi du secteur privé ou public). Il évoque aussi la création « de carrières dans les carrières » via une formation continue obligatoire « de qualité » ainsi qu’une meilleure reconnaissance de la diversification des missions exercées par les enseignants.

Plus d'informations sur le site du Cnesco

 

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