Articuler les réformes du bac et du post-bac

Comment la réforme du bac peut-elle répondre aux nouvelles conditions d’accès à l’Enseignement supérieur ? Et quel impact cette réforme aura-t-elle sur le lycée du 21e siècle ? Alors que la traduction législative de ParcourSup est en pleine navette entre les deux chambres parlementaires et que la plateforme qui succède à APB rentre en fonction, l’AEF a consacré ses rendez-vous de l’Éducation du 12 janvier à réfléchir à l’articulation de ces deux réformes décisives pour l’avenir du segment bac-3/bac+3.

Menées de front avec des approches et des tempos différents, les deux grandes réformes en cours sur le bac et post bac vont avoir à s’articuler.
Or, si la refonte de l’examen du baccalauréat et ses conséquences sur l’organisation du lycée, ne débute qu’à la rentrée 2019 pour un bac rénové à l’horizon 2021, les nouvelles modalités d’accès à l’enseignement supérieur entrent en vigueur dès la rentrée 2018.

Quelle sera leur articulation ? La matinée de rencontres organisée par l’AEF, agence de presse spécialisée dans les questions éducatives, à l’occasion de l’ouverture du Salon Postbac, le 12 janvier 2018, à La Villette à Paris, a tenté de répondre à cette question.
À la tribune se sont retrouvés réunis, pour la première fois, les rapporteurs des deux concertations qui ont préparé ces réformes : Daniel Filâtre, recteur de l’académie de Versailles, pour l’accès au 1er cycle de l’enseignement supérieur, et Pierre Mathiot, ancien directeur de Sciences Po Lille, sur l’avenir du bac et du lycée.
Pas de scoop sur l’évolution du continuum bac-3/bac+3. EN revanche, leurs échanges ont mis au jour quelques unes des futures orientations possibles –la remise des résultats de la mission Mathiot au ministre de l’Education nationale étant annoncée fin janvier.

Concernant l’impact de la réforme de l’accès au Supérieur sur l’organisation du lycée, Daniel Filâtre a évoqué un « carré magique » de la réussite étudiante fondé sur :
- une bonne préparation qui donne « la compétence à s’orienter » ;
- un bon accompagnement qui ne soit pas réservé aux filières universitaires mais étendus aux parcours de STS, CPGE, IUT, autres…;
- une formation basée sur les nouvelles manières d’apprendre des jeunes et les nouveaux langages du 21e siècle,
- sans oublier l’assurance de bonnes conditions de vie.

Parcours modulaires

Pas de révolution pour autant en vue : « Si le lycée d’avant est en train de disparaître, les traditions impactent la façon dont le nouveau lycée du 21e siècle se construit », indique Pierre Mathiot qui ne vise pas un « lycée des rêves » mais un « lycée des possibles ».
Dans cette optique, « l’idée est d’agir sur le bac dont les épreuves déterminent les enseignements pour enclencher une réflexion sur les pratiques enseignantes et les programmes dans leur complexité et leur organisation, surtout si l’on va vers des parcours modulaires », précise l’ancien directeur de Sciences Po.

Quid de plus de modularité dans les parcours justement ? « Pas avant le 2e semestre de la classe de seconde et seulement sur une partie du cursus pour ne pas faire peser trop tôt sur les élèves le stress de l’accès au supérieur ni accroître davantage les inégalités », précise le rapporteur. En revanche, il préconise, dès le début de la seconde, l’acquisition de méthodes et de compétences en lien avec l’orientation et les attendus de l’enseignement supérieur. Cela passerait par exemple par le développement du mentorat ou par de « vrais-faux » cours de droit ou de médecine dès le cycle terminal…

Épreuves anticipées et diversifiées (du QCM au grand O)

In fine le bac inclurait ainsi des épreuves de différents types qui existent aujourd’hui dans le Supérieur (dissertation à l’ancienne mais aussi QCM ou grand oral…) et pourrait réellement peser sur l’orientation grâce un nouveau positionnement dans le calendrier : « Les deux tiers des notes et évaluations seraient connus au pire durant la procédure ParcourSup, les dernières épreuves du type grand oral ayant lieu plus tard car il faut regagner aussi le mois de juin ! ». Aux notes, Pierre Mathiot propose d’ailleurs d’ajouter un supplément au diplôme, sorte de porte feuilles des compétences et des expériences acquises, rempli par l’institution, « afin de rendre justice de tout ce que l’élève a fait durant le cycle terminal ».

Sur la question de l’avenir des filières technologiques enfin et ses 520 000 bacheliers, l’ancien directeur de Sciences po s’est déclaré « attentif à ne pas faire exploser cette partie du système qui semble fonctionner » : pas de fusion avec la filière générale en vue donc, mais la volonté de « préserver » la filière technologique « voire de la renforcer » en proposant davantage de disciplines technologiques aux élèves du bac général et inversement.

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